Dividendes ou salaire : le calcul que 80% des dirigeants font a l'envers
"Les dividendes sont moins taxés." Ce raccourci coûte parfois plusieurs milliers d'euros par an.
Tu te verses des dividendes plutôt qu'un salaire "parce que c'est moins taxé". Sur le papier, tu as raison : 31,4% de flat tax, c'est moins que des charges sociales. Sauf que ce raccourci fait perdre plusieurs milliers d'euros par an à une partie des dirigeants qui l'appliquent.
Le problème n'est pas le chiffre. C'est l'ordre dans lequel tu le calcules.
La plupart comparent deux taux bruts : 31,4% sur le dividende contre "beaucoup plus" sur le salaire. Et ils s'arrêtent là. Le calcul est fait à l'envers, parce qu'il ignore trois choses qui changent le résultat.
Un — le salaire est déductible de l'IS. Ce que tu te verses en salaire sort du bénéfice avant l'IS. Tu économises donc 15% ou 25% d'IS sur chaque euro de rémunération. Le dividende, lui, est payé après l'IS, puis taxé une seconde fois au PFU. Double couche.
Deux — le salaire ouvre des droits. Retraite, prévoyance, indemnités journalières. Le dividende n'ouvre rien. Tu peux te verser 100 000€ de dividendes toute ta vie et valider zéro trimestre de retraite. Avec une carrière longue devant toi, ce n'est pas un détail.
Trois — ta TMI décide tout. À 11% de tranche marginale, le barème progressif avec l'abattement de 40% sur le dividende peut battre la flat tax. À 41%, c'est l'inverse. Le bon arbitrage n'est jamais le même selon ta tranche et ta forme de société.
Et la forme, justement, change la règle. En SAS ou SASU, le président est assimilé salarié : ses dividendes échappent aux cotisations sociales. En EURL ou SARL avec gérance majoritaire, tu es travailleur non salarié : la part de dividendes qui dépasse 10% du capital, des primes d'émission et de ton compte courant d'associé est soumise aux cotisations TNS. Même mot, deux fiscalités opposées.
Un client en SASU, 90 000€ de bénéfice, se versait tout en dividendes. Logique de surface : "pas de charges, juste la flat tax." En remettant à plat son arbitrage, on lui a fait passer une partie en rémunération, calée sur le niveau qui maximise ses droits retraite et sa déduction IS, le reste en dividendes. Net dans sa poche : quasi identique à court terme. Mais avec des trimestres validés et une capacité d'épargne retraite déductible en plus. Le tout-dividende lui coûtait son avenir social pour une économie immédiate marginale.
Le vrai arbitrage ne se joue pas sur un taux. Il se joue sur quatre paramètres en même temps : ta forme de société, ta TMI, tes droits sociaux et l'horizon auquel tu as besoin du cash. Le même dirigeant qui a besoin de liquidités tout de suite ne décide pas comme celui qui peut laisser capitaliser dans la société.
Avant ton prochain versement, pose-toi la vraie question : est-ce que je compare des taux, ou est-ce que je compare des situations ? Le taux le plus bas n'est pas toujours la décision la moins chère.
Thibaut
P.S. — Si tu veux poser ton propre arbitrage chiffré, avec ta forme, ta TMI et tes objectifs, c'est exactement le genre de calcul qu'on structure ensemble. Je t'en reparle bientôt.
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Thibaut Peron — Expert-comptable diplômé (DEC), Cabinet Build (Paris)
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