Tu te verses des dividendes parce que c'est efficace fiscalement à l'instant t. Sur le cash immédiat, le raisonnement tient. Mais il y a une chose que le dividende ne fera jamais pour toi : construire ta retraite de façon déductible.

Et ça, beaucoup de dirigeants ne le réalisent qu'à 50 ans, quand il est tard pour rattraper.

Le mécanisme tient en une phrase. Ta capacité à défiscaliser une épargne retraite dépend de ta rémunération, pas de tes dividendes. Le dividende n'ouvre aucun droit, ni à la retraite obligatoire, ni à la déduction d'un plan d'épargne retraite.

Le PER, lui, fonctionne à l'envers du dividende. Les sommes que tu y verses sont déductibles de ton revenu imposable, dans la limite d'un plafond égal à 10% de ta rémunération professionnelle, plafonné à huit fois le plafond de la Sécurité sociale, soit environ 38 400€ pour 2026. Tu baisses ton impôt aujourd'hui, et tu te constitues un capital pour plus tard.

Voilà où la holding entre en jeu, et pourquoi c'est une combinaison et pas deux sujets séparés.

Si tu pilotes tout en dividendes, tu n'as quasiment aucune base pour alimenter un PER déductible. Ta capacité de déduction reste au minimum. Tu passes à côté du levier.

Si tu arbitres une partie en rémunération, deux choses se débloquent en même temps. Tu ouvres une capacité de déduction PER calée sur cette rémunération. Et tu peux laisser le reste de ton bénéfice capitaliser dans la holding, là où il travaille avec un report d'imposition. D'un côté, une retraite défiscalisée qui se construit à ton nom. De l'autre, un capital qui grossit dans la société. Le tout-dividende t'enferme dans une seule logique de court terme et te ferme les deux portes.

Reste à connaître l'autre bout du tunnel. À la sortie, le PER n'est pas magique : ce que tu as déduit à l'entrée sera imposé à la sortie, en capital ou en rente. L'intérêt repose sur un pari raisonnable, payer moins d'impôt à la sortie qu'à l'entrée, parce que ta tranche à la retraite sera souvent plus basse qu'en pleine activité. Ce pari se calcule, il ne se suppose pas.

Le profil typique : un dirigeant de 40 ans, tout en dividendes depuis cinq ans, fier de son optimisation immédiate. Sur le papier, il a bien joué. Mais il a zéro retraite en construction et une capacité de déduction PER proche de zéro, parce qu'il n'a pas de rémunération sur laquelle l'adosser. Chaque année passée ainsi est une année de déduction perdue, qui ne se rattrape pas. L'optimisation de court terme lui a coûté un levier de long terme qu'il ne voyait pas.

C'est la dernière pièce de l'arbitrage qu'on a déroulé ces dernières semaines. Salaire, dividende, loyer, compte courant, et maintenant la dimension retraite. Aucun de ces leviers ne se décide seul. Le bon mix dépend de ton âge, de ta tranche, de ton horizon et de ce que tu veux pour dans vingt ans. Et je présente ici une logique, pas une reco de souscrire tel PER précis, ce choix-là dépend de ta situation et d'un conseiller.

Si tu es jeune dirigeant et que tu pilotes en tout-dividende, pose-toi la vraie question : qu'est-ce que je construis pour le moi de dans vingt ans ? L'efficacité fiscale d'aujourd'hui ne vaut rien si elle te laisse sans levier patrimonial demain.

Thibaut

P.S. — Articuler ton arbitrage de rémunération avec ta stratégie retraite et ta holding, sur un horizon long, c'est exactement ce qu'on construit dans un Audit Stratégique. Les leviers de long terme se posent tôt, ou pas du tout.

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Thibaut Peron — Expert-comptable diplômé (DEC), Cabinet Build (Paris)

Les informations partagées dans cette newsletter ont une vocation pédagogique et générale. Elles ne constituent pas un conseil en investissement individualisé au sens de l'article L.541-1 du Code monétaire et financier, ni un conseil fiscal personnalisé. Toute mise en œuvre nécessite une analyse de votre situation propre, le cas échéant avec votre expert-comptable et votre conseiller en investissement financier (CIF).